Flyback #72 : Blackout Watches, entre controverse et innovation dans l’horlogerie indépendante
Le 71e épisode du podcast horloger Flyback a accueilli Étienne de Blackout Watches pour une discussion approfondie sur cette marque suisse qui ne laisse personne indifférent. Entre reproches de copie et reconnaissance d’une approche novatrice, Blackout Watches incarne les contradictions de l’horlogerie moderne.
Sommaire
Une reprise qui change tout
Contrairement aux idées reçues, l’actuelle Blackout Watches n’a que peu à voir avec ses origines. Fondée en 2006 par Fabrice Letellier comme atelier de customisation spécialisé dans les traitements PVD full black, la marque a connu une première vie tumultueuse avant d’être reprise en janvier 2022 par Étienne et son associé Teem.
« Nous avons fait le choix de reprendre plutôt que de créer une nouvelle marque, explique Étienne. La reprise est quelque chose de sous-coté en business. Nous avions une boutique bien située en vieille ville de Genève, un stock existant pour tester nos idées, et une liste de clients ». Cette décision stratégique leur a permis de tester leur vision sans repartir de zéro, tout en acceptant le défi de transformer l’image de la marque.
L’innovation technique au cœur du projet
Le pari de Blackout Watches repose sur une approche technique audacieuse : créer un « mouvement hybride » entre l’Asie et la Suisse. Les mouvements à tourbillon proviennent de Hong Kong mais subissent une transformation complète dans les ateliers suisses de la marque.
« Le mouvement de base n’est pas spécialement qualitatif ni fiable, reconnaît Étienne avec une transparence désarmante. Mais nous avons modifié plus d’un millier de mouvements. Nous produisons des pièces sur mesure en Suisse à la Chaux-de-Fonds : la chaussée, le ressort de barrière, la roue couronne ». Ces composants critiques sont remplacés après analyse de leurs faiblesses, permettant d’atteindre des taux de retour « vraiment très bons » selon le fondateur.
Cette approche permet à Blackout de proposer des tourbillons à partir de 3000 euros, un prix impensable pour un mouvement entièrement Swiss Made.
Le design : entre inspiration et différenciation
La question du design est inévitable : les montres Blackout, avec leur boîtier tonneau sportif, évoquent immédiatement Richard Mille pour beaucoup d’observateurs. Un point que l’équipe ne nie pas mais nuance fortement.
« Nous avons travaillé le boîtier avec ses angles et ses finitions. Les vis sont dans le boîtier sur le côté, pas sur le dessus comme toutes les copies de Richard Mille. Le cadran laisse la part belle au mouvement, ce qui est très différent de ce que fait RM », défend Étienne.
Le fondateur soulève également une contradiction : « Les gens critiquent les marques qui copient uniquement quand elles coûtent moins de 500 euros. Mais quand c’est une Blancpain qui fait une plongeuse ou une Custos qui fait un tonneau, personne ne dit rien ».
Une clientèle de collectionneurs
Contrairement à l’idée que Blackout s’adresse à ceux qui ne peuvent pas s’offrir une « vraie » marque de luxe, la réalité est toute autre. « Nous n’avons personne qui achète l’une de ses trois premières montres chez Blackout. Les gens qui achètent chez nous ont déjà des collections de 5, 10, 15, 20, 50 pièces. J’ai vu des collections qui font flipper », affirme Étienne.
La marque compte même une vingtaine de clients possédant des Richard Mille authentiques. « Ces clients sont nos meilleurs ambassadeurs. Ils apprécient l’audace, la prise de risque de se dire : on va prendre un mouvement asiatique, le retravailler en Suisse, et faire un tourbillon fiable à 3000 euros ».
Rétrospective 2025 : hausses de prix et micromarques
L’épisode comportait également une rétrospective de l’année horlogère 2025, révélant les préoccupations actuelles des passionnés.
Jules, membre de l’équipe Flyback, souligne « l’engouement pour les micromarques françaises qui ont gagné en légitimité, avec des produits vraiment différenciants. Il y a un regain de l’industrie horlogère française qui se voit dans les vitrines ».
Mais tous s’accordent sur les points négatifs : les augmentations de prix « stratosphériques depuis 2022 », les délais de service après-vente qui explosent, et l’insécurité qui empêche de porter certaines montres de valeur.
Jean-Charles déplore notamment « l’impression qu’il y a de plus en plus de problèmes en termes de SAV et de rapidité. Si tu as plus souvent la montre qui est à la poste qu’à ton poignet, ça ne m’ambiance pas ».
L’avenir de Blackout Watches
Malgré les critiques, Blackout Watches affiche une croissance solide avec environ 1000 à 1200 pièces vendues par an. La marque dispose de trois boutiques en propre (Genève, Paris, Lyon) et travaille avec quelques revendeurs sélectionnés, notamment au Japon où les volumes sont importants.
Étienne annonce l’arrivée prochaine d’un nouveau modèle « sans chiffres romains » et confirme qu’un chronographe tonneau est « dans le pipe », prévu pour fin 2026 ou 2027. La marque continue également d’étoffer sa gamme avec des modèles ronds comme la XPE et des montres plus habillées, qui « a quasiment sold out la collection en deux mois ».
Le défi pour Blackout Watches reste de convaincre au-delà des initiés, de faire comprendre que derrière le design controversé se cache un véritable travail technique et une philosophie de rendre accessible ce qui ne l’était pas



