Flyback #71 : Plongée dans l’horlogerie indépendante avec Vincent Vicenterra
Le 70ème épisode de Flyback nous a offert un voyage fascinant au cœur de l’horlogerie indépendante, avec Vincent Plomb, fondateur de la marque Vicenterra, en invité d’honneur. Entouré de Christophe et Sinicha de la marque ESKA, ainsi que de Fabrice d’Élevé Tic Tac, cet épisode a exploré les défis et opportunités du secteur horloger en 2026.
La soirée a débuté par la présentation des montres portées par chacun. Vincent arborait fièrement son Vicenterra Astroluna Classique Cosmos, dotée d’une phase de lune tridimensionnelle et d’un GMT terrestre sous forme de mini globe indiquant midi sur la planète. Christophe présentait le tout nouveau chronographe ESKA Light Heritage Sunset, avec son cadran saumon dévoilé le 8 décembre pour la fête des lumières de Lyon. Sinicha portait la version Azur bleue, devenue sa nouvelle préférée. Quant à l’hôte Michel, il restait fidèle à sa Laco Francfort GMT, qu’il envisage de conserver toute sa vie.
Sommaire
- 1 Actualités horlogères décryptées
- 2 Touchon Bros EVO : l’hommage controversé
- 3 SERICA 6190 TXD : la montre sportive de l’année ?
- 4 Constantin Chaykin Vénus : l’audace érotique horlogère
- 5 2026 : crise ou rebond pour l’horlogerie ?
- 6 ESKA Light Heritage : la stratégie de démocratisation
- 7 Vicenterra Astroluna : l’horlogerie poétique
- 8 L’expérience client au cœur de la stratégie
- 9 Perspectives et projets futurs
Actualités horlogères décryptées
Touchon Bros EVO : l’hommage controversé
L’équipe s’est penchée sur la Touchon Bros EVO, une montre Kickstarter inspirée de l’univers des samouraïs et de l’automobile. Avec son boîtier acier de 44,8 mm pour 14 mm d’épaisseur et un prix de 329 €, cette pièce a suscité des réactions mitigées. L’esthétique rappelant fortement la Roger Dubuis Excalibur n’a pas convaincu les chroniqueurs, qui y ont vu « une pure copie » plutôt qu’un hommage sincère.
SERICA 6190 TXD : la montre sportive de l’année ?
La discussion s’est poursuivie avec la SERICA 6190 TXD, présentée comme la potentielle montre sportive de l’année. Ce modèle de 37,7 mm équipé d’un mouvement Soprod M100 et proposé à 1190 € a divisé les avis. Si Fabrice et Sinicha ont apprécié le bracelet et la composition générale, ils ont avoué ne pas se « lever la nuit » pour elle. Vincent a noté l’inspiration des cornes provenant d’autres marques, tandis que Christophe a regretté le matching des couleurs du cadran bicolore noir, blanc et beige.
Constantin Chaykin Vénus : l’audace érotique horlogère
La pièce la plus commentée fut sans conteste la Constantin Chaykin Vénus, classée X sur le site de la marque. Cette montre de 40 mm avec régulateur et phase de lune a été vendue aux enchères 40 000 francs suisses pour soutenir la recherche contre le cancer du sein. Fabrice a salué « le courage » de Chaykin : « Il ose, il la met sur le côté visible. C’est pas comme certains où on est un peu puritain ». Vincent a trouvé le cadran « érotique sans être érotique », avec un visage hypnotisant intégrant la phase de lune. L’équipe a unanimement applaudi cette démarche artistique cohérente avec la cause défendue.
2026 : crise ou rebond pour l’horlogerie ?
Le débat central de l’épisode a porté sur les perspectives du marché horloger en 2026. Christophe d’ESKA a posé le constat : « Le premier semestre 2026 risque de ressembler à 2025 » selon les indicateurs économiques. Mais il a appelé à ce que « la passion reprende le dessus », estimant qu’à un moment donné, les collectionneurs ne pourront plus s’empêcher d’acheter.
Fabrice a livré une analyse percutante : « Pour moi, c’est une crise de confiance. Ils ont tellement utilisé le client, tellement tiré la vache, qu’à un moment donné ce n’est même pas une crise, c’est tu remets les pendules à l’heure ». Il a déploré la spéculation excessive et les hausses de prix injustifiées de certaines marques, tout en exprimant sa compassion pour les horlogers qui perdent leur emploi. Son message aux grandes maisons : « Remettez le client au centre. C’est lui qui vous fait tourner, pas les influenceurs ».
Vincent Vicenterra a partagé sa stratégie de développement international, avec de nouveaux détaillants à Chicago, Genève, Séoul, au Japon, en Arabie et même au Kurdistan irakien. Il prévoit une offensive commerciale en 2026 vers le Canada, le Mexique, l’Italie, Singapour, la Malaisie et l’Inde. Sa philosophie : profiter de la période difficile pour développer de nouveaux projets et préparer la reprise.
ESKA Light Heritage : la stratégie de démocratisation
Un moment fort de l’émission a été consacré à la nouvelle gamme ESKA Light Heritage, lancée le 8 décembre. Cette stratégie rappelle celle d’Apple avec sa gamme iPhone SE : proposer un produit plus abordable à 490 € tout en préservant l’ADN de la marque.
Sinicha a expliqué la philosophie : « On a eu besoin de ramener ces primo-collectionneurs chez nous pour leur dire : on a une montre à 490 €, et si demain vous voulez progresser avec nous, vous aurez le choix ». Le chronographe de 41 mm équipé d’un mouvement Peacock bicompax a été salué pour son excellent rapport qualité-prix. Michel a particulièrement apprécié la sensation du remontage : « Vous sentez vraiment le ressort qui remonte, c’est vachement sympa ».
La collection se décline en deux coloris : un bleu azur et un saumon vintage. Paradoxalement, Christophe, qui défendait initialement la bleue, a reconnu que c’est le saumon qui a rencontré le plus de succès lors du lancement.
Vicenterra Astroluna : l’horlogerie poétique
Vincent Plomb a partagé l’histoire fascinante de sa marque Vicenterra. L’Astroluna, sa pièce signature, propose une phase de lune tridimensionnelle et un globe terrestre miniature indiquant midi sur la planète par rapport à l’heure locale. Cette complication unique résulte d’une année de développement pour réduire et adapter sa cinématique à un mouvement plus compact.
Le boîtier s’inspire subtilement de quatre icônes : Audemars Piguet Royal Oak, Patek Philippe Nautilus, Hublot Big Bang et Panerai. Mais Vincent a « tellement noyé le poisson » qu’on ne retrouve rien de ces références, créant ainsi un ADN pur Vicenterra. La montre existe en deux tailles : 43,5 mm dans le boîtier contemporain et un format plus petit dans le boîtier classique.
Fabrice, propriétaire d’une Astroluna depuis 3 ans, a témoigné avec émotion : « Il y a une partie de Vincent que je porte au poignet. Les gens sont scotchés en voyant cette montre ». Il a particulièrement loué la finesse des détails, comme l’équilibre parfait de brillance sur la Terre et la phase de lune, « juste ce qu’il faut, ni terne ni trop chip ».
Le processus créatif de Vincent est artisanal : il développe les plans et simulations 3D, puis travaille avec une trentaine de partenaires dans la vallée suisse. Sa production annuelle oscille entre 50 et 100 pièces. Le cadran en opale, personnalisable avec différentes couleurs de continents et d’océans, peut atteindre 29 900 € pour les versions les plus élaborées.
L’expérience client au cœur de la stratégie
Un consensus fort s’est dégagé sur l’importance de l’expérience humaine dans l’horlogerie indépendante. Vincent a raconté comment il reçoit ses clients directement dans son bureau en Suisse, partageant systématiquement un tartare avec eux lors de la remise de leur montre. Fabrice a confirmé : « Ça, pour moi, c’est l’expérience horlogère ultime. Pas un grand salon avec strass, paillettes et champagne ».
Cette approche contraste radicalement avec certaines grandes maisons où les clients se font refuser l’entrée des boutiques. Christophe a insisté sur ce point : « On fait souvent des événements avec nos clients, et rarement avec des influenceurs ». Cette proximité devient un avantage concurrentiel majeur pour les micromarques face aux géants industriels.
Sur le plan marketing, Vincent a constaté l’inflation des influenceurs horlogers : « On jette des montres à la gueule des gens en permanence sur Instagram et Facebook ». Après plusieurs expériences peu concluantes, il privilégie désormais les communiqués de presse auprès de sites spécialisés comme Monochrome, Blog to Watch et Fratello. Sa philosophie : développer son réseau « gentiment et sûrement » plutôt que de dépenser massivement dans une communication aux résultats incertains.
Perspectives et projets futurs
L’épisode s’est conclu sur une note optimiste malgré les difficultés du marché. Les participants ont unanimement appelé à privilégier la passion sur les considérations purement financières. Michel a souligné que 2026 pourrait être l’année des micromarques, portées par des consommateurs échaudés par les hausses de prix perpétuelles des grandes maisons (4 à 6% par trimestre).
Vincent a annoncé sa volonté d’explorer de nouveaux marchés, notamment le Canada, le Mexique, l’Italie du Nord et potentiellement l’Inde, malgré les défis liés aux marges importantes exigées dans certains pays. Il a également évoqué son intérêt pour développer une complication à heure sautante, tout en reconnaissant les limites de sa structure artisanale.
ESKA poursuit son développement avec sa gamme Light, cherchant à « ouvrir une porte d’entrée à l’horlogerie » avec des tailles consensuelles de 40-41 mm et des prix accessibles. Christophe a insisté sur leur volonté de « compresser les marges », contrairement aux grandes marques, pour proposer le meilleur rapport qualité-prix.
Le mot de la fin, choisi par Vincent pour résumer l’épisode, fut « convivialité » – un terme qui capture parfaitement l’esprit de cette soirée riche en échanges passionnés. Cette convivialité, valeur cardinale de l’horlogerie indépendante, pourrait bien être l’antidote à la crise de confiance qui frappe le secteur en 2026.



