Flyback #66 : Chronofixe, Type 20 et passion vintage
Dans l’épisode hors série du podcast Flyback consacré à l’horlogerie, les animateurs reçoivent une nouvelle fois John, fondateur de la marque Chronofixe. Une occasion rare de revenir sur son parcours, sa passion pour les montres militaires et vintage, sa manière de penser la création horlogère et l’actualité brûlante autour de la nouvelle Chronofixe Type 20.
Voici ce qu’il faut retenir de cette discussion riche en anecdotes, en pièces historiques et en visions d’avenir.
Sommaire
- 1 Comment John est tombé dans l’horlogerie : du forum aux premiers prototypes
- 2 Une collection personnelle marquée par l’histoire militaire et le chronographe vintage
- 3 De Shanghai à New York : la naissance du salon Indies NYC
- 4 Chronofixe : du succès de l’Astérix aux nouveaux modèles
- 5 La nouvelle Chronofixe Type 20 : retour aux sources militaires
- 6 Une politique tarifaire assumée et un clin d’œil gaulois
- 7 Et pour la suite ? Chronofixe ne compte pas ralentir
- 8 Conclusion : passion, accessibilité et ADN militaire
Comment John est tombé dans l’horlogerie : du forum aux premiers prototypes
Comme beaucoup d’amateurs, John commence par s’intéresser aux montres sans aller très loin dans la technique. Le déclic arrive en 2008, lorsqu’il tombe sur un site amateur détaillant l’histoire de la Breguet Type 20 : photos de logos, variations de mouvements, spécifications militaires, micro-mécanique… Cette plongée dans la culture toolwatch le convertit définitivement.
À l’époque, les communautés horlogères n’existent quasiment qu’en ligne. Les forums sont le lieu d’apprentissage, d’échanges et… de solitude parfois. Tout change lorsqu’il rencontre un passionné portant une Speedmaster. Ensemble, ils montent un groupe WeChat qui passe de 10 membres à 500 collectionneurs en deux ans. De quoi forger une culture horlogère solide et un réseau très actif.
Quelques années plus tard, John se lance dans l’assemblage de sa première montre. Un boîtier compatible avec un ETA 2824, la découverte du posage d’aiguilles, de la coupure de tige, de la mise en boîte propre… Tout y passe. Rapidement, il collabore avec un ami horloger à Shanghai pour créer des cadrans maison, dans un petit atelier où ils découpent, peignent et impriment eux-mêmes leurs plaques.
Une collection personnelle marquée par l’histoire militaire et le chronographe vintage
Durant l’épisode, John sort de sa sacoche plusieurs pièces emblématiques de sa collection personnelle, chacune accompagnée d’une anecdote.
Il porte pour l’occasion une Wittnauer de 1962 motorisée par un Venus 188, avec télémètre, tachymètre et indices permettant de comptabiliser le temps passé dans une cabine téléphonique publique (3, 6 ou 9 minutes selon le nombre de pièces, détail savoureux des années 50-60).
Viennent ensuite :
- Une LIP Dark Master Chronographe Mach 2000, dessinée par Roger Tallon, avec boîtier aluminium anodisé et esthétique pop reconnaissable entre mille.
- Une Heuer Carrera 1966 référence 3157, première Carrera dotée d’une date placée à 12 h, animée par un mouvement Landeron.
- Une Omega CK244 “Dirty Dozen”, modèle militaire livré au ministère de la Défense britannique en 1945, identifiable par la flèche “Broad Arrow” sur le cadran.
Autant de pièces qui illustrent son goût prononcé pour les montres utilitaires, les mouvements historiques et les designs marqués.
De Shanghai à New York : la naissance du salon Indies NYC
Arrivé aux États-Unis, John constate un manque : beaucoup d’évènements sont dominés par les grandes marques, mais très peu mettent en avant les horlogers indépendants, ceux qui travaillent seuls à la lime, au tour, et qui assemblent leurs pièces de A à Z.
C’est ainsi qu’il fonde Indies NYC, un salon intimiste organisé deux fois par an, au printemps et en octobre. L’idée : proposer une rencontre de qualité entre collectionneurs et créateurs indépendants, loin du brouhaha des grands salons. Chaque édition rassemble 8 à 10 marques pour environ 350 collectionneurs, dans des lieux atypiques — jusqu’à une salle de bowling privatisée pour la dernière édition.
Indies NYC commence à trouver sa place dans le calendrier horloger, notamment juste après Watches & Wonders. Certaines marques y font leur première apparition aux États-Unis, comme Chonatè, jeune horlogère indépendante de la Chaux-de-Fonds et unique femme membre de la HCI.
Chronofixe : du succès de l’Astérix aux nouveaux modèles
L’autre grande aventure de John, c’est Chronofixe, une marque historique remise en lumière grâce à une collaboration explosive avec Seconde/Seconde/. Leur première création commune, la Chronofixe Astérix, reprend le design d’une skin diver vintage, avec un clin d’œil au petit gaulois. Proposée à 395 €, équipée d’un mouvement Seiko NH35, elle rencontre un succès immédiat : 500 pièces vendues, toutes parties très vite.
La suite arrive sous la forme de la Chronofixe Coffre-Fort, toujours designée avec Romaric André (Seconde/Seconde/). Une montre plus subtile, où le travail sur la lunette, les reflets et les volumes prend le dessus sur la référence pop. Beaucoup la considèrent comme une montée en gamme cohérente, plus intemporelle, très qualitative sur son bracelet acier.
Ces modèles installent Chronofixe dans un créneau clair : des montres abordables, avec une identité forte, un design travaillé et un vrai attachement à l’histoire horlogère française.
La nouvelle Chronofixe Type 20 : retour aux sources militaires
Le clou de cet épisode Flyback, c’est la présentation des toutes nouvelles Chronofixe Type 20, sorties une dizaine de jours auparavant.
John précise qu’il a repris les proportions exactes des Type 20 d’époque :
– 37 mm de diamètre,
– 44 mm d’entrecornes,
– une grande couronne pour un remontage confortable,
– des poussoirs légèrement élargis.
Autre parti pris : proposer la Type 20 avec un bracelet maille milanaise, choix inhabituel pour cette famille mais inspiré des Breitling AVI 765, qui arboraient parfois ce type de montage.
Deux versions : Classique et Magister
La nouvelle Type 20 existe en deux variantes :
La Type 20 Classique, cadran noir, look militaire traditionnel, lisibilité parfaite.
La Type 20 Magister, beaucoup plus singulière : son cadran est découpé dans de véritables pièces d’aluminium de Fouga Magister, l’avion militaire français qui servait notamment à l’entraînement.
Chaque cadran est donc unique : on découpe, aplanit, brosse et traite la matière d’origine avant d’imprimer les index. Un témoignage matériel et historique inédit dans une montre moderne.
La version Magister est livrée sur un bracelet nubuck gris parfaitement accordé à la texture du cadran.
Un mouvement Peacock robuste
Pour motoriser ces chronographes, Chronofixe utilise le mouvement Peacock 4617, architecture type Valjoux 7750 mais en version remontage manuel, plus cohérente avec l’esprit militaire de la Type 20. John voulait absolument éviter l’automatique pour rester fidèle au geste d’époque.
Le SAV est assuré dans la région du client : Europe, États-Unis ou Asie.
Une politique tarifaire assumée et un clin d’œil gaulois
La Type 20 est proposée à un tarif agressif pour un chronographe mécanique Swiss Made, avec de tels matériaux et un mouvement manuel fiable.
John rappelle que l’objectif est d’offrir une Type 20 accessible, là où les modèles flyback historiques sont financièrement hors de portée pour beaucoup.
Clin d’œil amusant : la montre est disponible pendant “cinq lunes”, en référence à l’unité de temps utilisée par les Gaulois dans Astérix — une idée validée d’emblée par Romaric.
Et pour la suite ? Chronofixe ne compte pas ralentir
John annonce plusieurs projets déjà en cours :
- Un chronographe en titane (boîtier et maille milanaise), prototype finalisé, prévu pour début 2026.
- Une collection estivale plus fun, pensée pour une sortie juste avant l’été prochain.
- De futures collaborations en édition spéciale avec des groupes d’aviation ou des communautés horlogères.
- Et peut-être, un jour, une complication comme une seconde morte ou un rétrograde, même s’il exclut clairement le tourbillon, trop éloigné de l’ADN utilitaire de la marque.
Quant au flyback mécanique, il confirme que ce serait irréaliste à ce niveau de prix — un choix assumé.
Conclusion : passion, accessibilité et ADN militaire
Cet épisode de Flyback montre à quel point John trace une voie singulière dans l’horlogerie contemporaine. Entre amour des chronographes vintage, passion pour l’histoire militaire, soutien aux indépendants et volonté de proposer des montres accessibles mais sérieuses, Chronofixe se construit une identité forte.
La nouvelle Type 20, en version Classique comme Magister, incarne parfaitement cette philosophie : respect des codes historiques, approche moderne, tarification honnête et storytelling authentique.
Un parcours inspirant pour beaucoup de passionnés et certainement l’une des sorties les plus intéressantes du moment dans la catégorie des chronographes mécaniques sous les 1000 €.



