Flyback #9 : Entre collaborations ratées et belles surprises : IWC, Nivada, Tissot et l’art complexe de la montre à thème
L’émission « Flyback » animée par les passionnés d’horlogerie du moment réunit une brochette d’experts pour discuter avec verve et humour des dernières sorties. Au programme : une édition limitée d’IWC, une nouveauté technique chez Nivada, une collaboration nostalgique chez Tissot et la difficulté croissante de créer des collaborations horlogères pertinentes.
Sommaire
- 1 IWC Patrouille Suisse : une édition limitée sous les critiques
- 2 Nivada DEPS Master : retour vintage et performances modernes
- 3 Tissot x Goldorak : le raté marketing d’une nostalgie mal exploitée
- 4 Soprod et l’art de la micro-industrie
- 5 Collaborations : le syndrome de la licence facile
- 6 Quand le marketing étouffe la création
- 7 Conclusion : vers un renouveau de la collaboration horlogère ?
IWC Patrouille Suisse : une édition limitée sous les critiques
La première montre passée au crible est la nouvelle IWC Mark XX « Patrouille Suisse », limitée à 250 exemplaires. Derrière l’intégration supposée du thème aéronautique, les critiques fusent. Trop similaire à la Mark XX standard, seule une gravure au dos différencie cette version. Aucun travail sur le cadran, aucun mouvement maison, et une couronne jugée surdimensionnée : pour les intervenants, cette montre relève du « fainéantisme horloger ».
Avec un prix approchant les 7 000 €, beaucoup pointent l’écart croissant entre storytelling marketing et réalité technique. Le cadran gris soleillé est beau, certes, mais trop peu pour justifier un tel tarif. L’impression de « petit mouvement dans grosse boîte » renforce la sensation d’un recyclage technique. IWC semble capitaliser davantage sur le logo de la Patrouille Suisse que sur une véritable innovation horlogère.
Nivada DEPS Master : retour vintage et performances modernes
La deuxième montre analysée est la Nivada DEPS Master dans une nouvelle version bleue. Capable de résister à 1000 mètres de profondeur, dotée d’un boîtier coussin de 39 mm pour 13 mm d’épaisseur, elle arbore un look vintage assumé. Les experts saluent ses qualités techniques et sa compacité pour une plongeuse aussi performante.
Cependant, la critique est plus esthétique : aiguilles cathédrale jugées incohérentes, différences de teintes dans le Super-LumiNova, cornes droites jugées peu ergonomiques. La montre divise mais intrigue, d’autant que son tarif proche des 900 € semble honnête pour une plongeuse spécialisée. Elle pose une question centrale : peut-on encore innover sans tomber dans la surenchère marketing ?
Tissot x Goldorak : le raté marketing d’une nostalgie mal exploitée
Troisième cas, emblématique des dérives actuelles : la Tissot PRX Powermatic 80 « Goldorak ». Vendue autour de 900 €, elle ne propose rien de fondamentalement nouveau, hormis un packaging inspiré de la célèbre série japonaise et quelques détails lumineux dans le noir.
La déception est à la hauteur de l’attente. Pour les passionnés de Goldorak, le résultat manque de profondeur : pas de véritable intégration graphique de l’univers, aucun élément distinctif sur le cadran, et un mouvement Powermatic trop commun. Le sentiment général est celui d’un recyclage sous licence sans créativité, prétextant une collaboration pour doper artificiellement les ventes.
Soprod et l’art de la micro-industrie
Au détour de ces critiques, un nom revient avec estime : Soprod. Le fabricant suisse de mouvements est salué pour son indépendance technique et son savoir-faire. Capable de produire ses propres composants essentiels, y compris roue d’échappement et spiral, Soprod est l’incarnation d’une industrie à taille humaine mais aux capacités grandes.
Les intervenants insistent : la véritable valeur d’une montre réside dans la maîtrise de son mouvement, et non dans son storytelling marketing. Le succès commercial d’un produit horloger devrait s’adosser à ses qualités techniques vérifiables.
Collaborations : le syndrome de la licence facile
Le thème de la collaboration traverse tout l’épisode. Beaucoup d’exemples sont cités : Swatch x Dragon Ball, Citizen x Marvel, Hamilton x Interstellar… La tendance est à la nostalgie geek, mais les résultats déçoivent souvent.
Ce que regrettent les intervenants ? L’absence de véritable valeur ajoutée. Trop de collaborations se résument à des logos collés, des gravures anecdotiques ou des éditions limitées surcolorées. L’engouement est créé artificiellement, déconnecté du produit. Et même les fans finissent par ranger ces montres au fond d’un placard.
Les vraies réussites citées sont rares : la MoonSwatch ou la Blancpain x Swatch, par exemple, où deux marques ont fusionné leur ADN au-delà du simple habillage. Ou encore des collabs comme Louis Erard x Alain Silberstein, qui réinterprètent véritablement une pièce horlogère.
Quand le marketing étouffe la création
Le podcast pointe aussi la responsabilité du marketing dans ces échecs. Le choix des couleurs, des rendus 3D trahis par la réalité, des promesses non tenues… Le décalage entre images officielles et produit réel sape la confiance. Les horlogers réunis ici appellent à plus de transparence, plus d’exigence créative, et moins de compromis commerciaux.
Ils dénoncent aussi le public visé : non plus les passionnés, mais les « geeks à pouvoir d’achat ». Résultat : des collaborations souvent pauvres sur le fond, gonflées par le poids d’une licence populaire. La véritable création horlogère, elle, devient marginale.
Conclusion : vers un renouveau de la collaboration horlogère ?
Face à cette saturation, certains voient poindre un nouvel espoir : celui de collaborations véritables entre marques horlogères. Pas des croisements industriels, mais des rencontres de visions. Celles qui, comme Louis Erard et Silberstein, ne se contentent pas d’exploiter un univers connu, mais le réinventent.
C’est aussi le cas de certains projets indépendants, où des micro-marques unissent leurs savoir-faire pour créer de véritables ovnis horlogers. Et si la prochaine grande tendance était celle d’un retour à l’éthique horlogère ?



