Podcast Flyback

Flyback #65 : quand les montres et les influenceurs lâchent enfin les filtres

Dans l’écosystème horloger francophone, il y a les communiqués de presse bien polis… et puis il y a Flyback, ce podcast où l’on parle montres comme on parle entre potes autour d’une table, avec un peu de mauvaise foi, beaucoup de passion, et surtout zéro langue de bois.

Dans cet épisode, l’équipe réunissait une belle brochette de visages connus : Charles de Pulsographe, Loan du Watch Menders Club, JC, Julien et un invité très attendu, Fabrice de l’Instagram Helvetic_tac, influenceur horloger assumé, grande gueule revendiquée et collectionneur complètement accro à ses tocantes.

Entre tour de table des montres du soir, débat sur la nouvelle Tissot PRX 38 mm, découverte d’indépendants comme Horizon ou Mier Parys, et gros sujet sur le rôle – et les dérives – des influenceurs, l’épisode ressemble à ce que le milieu horloger a parfois du mal à être : spontané, critique et drôle.

La Tissot PRX 38 mm, encore une “non-sortie” ?

Impossible d’y couper : la Tissot PRX est devenue la « montre de l’année » perpétuelle, omniprésente dans les discussions, sur les réseaux comme au poignet. Ici, la bande décortique la nouvelle déclinaison 38 mm, proposée en acier Damas ou titane, cadran gaufré bleu ou gris, indices dorés et mouvement Powermatic 80, à des tarifs qui flirtent désormais avec les 1 000 €.

Loan souligne que la taille de 38 mm corrige enfin le côté massif de la 40 sur poignet moyen, avec un rendu plus équilibré et portable au quotidien. En revanche, l’épaisseur identique sur un diamètre réduit déséquilibre le ratio, et plusieurs autour de la table parlent carrément de “non-sortie” : même montre, même calibre, même épaisseur, juste plus petite… mais plus chère.

La hausse de prix cristallise les critiques : dépasser les 1 000 € pour une PRX finit par questionner le rapport qualité/prix, et certains n’hésitent pas à recommander de chercher des éditions spéciales comme la PRX Bucherer, quitte à rajouter quelques centaines de plus si l’on est déjà prêt à approcher ce budget. Pour Fabrice, l’épaisseur sur 38 et le tarif qui “explose” donnent l’impression d’une vache qu’on trait un peu trop longtemps : à force, il n’y a plus de lait.

Horizon Spectrum : couleur, design… et cornes problématiques

Deuxième sujet fort de l’épisode : la Horizon Spectrum, une micro-marque encore très peu commentée, mais qui ne laisse personne indifférent. Boîtier acier de 38 mm, environ 11,4 mm d’épaisseur, cadran “pizza” en quatre segments colorés (rouge, vert, bleu, jaune), construction en trois couches avec partie usinée et verre posé au-dessus, moteur Miyota 9015 et prix annoncé autour de 800 dollars en précommande.

Visuellement, tout le monde s’accorde sur un point : impossible de la confondre avec une autre. La montre a une vraie personnalité, assumée, fraîche, presque faite pour être une montre d’été un peu décalée. Fabrice adore le cadran, jugé hyper fun, coloré et très bien travaillé.

Là où ça coince, c’est au niveau du boîtier et des cornes : très anguleuses, très marquées, au risque de mal tomber sur les petits poignets et de créer une cassure visuelle avec le bracelet. Certains auraient préféré un bracelet intégré pour assumer jusqu’au bout la proposition design, d’autres craignent un effet “montre de son père” sur poignet fin, malgré le diamètre raisonnable. Reste que pour 800 dollars, avec ce niveau de travail sur le boîtier, les textures et le cadran multi-couches, plusieurs autour de la table estiment le positionnement prix cohérent.

Mier Parys : rondeur chic, beau cadran… mais prix qui pique

Autre découverte : Mier Parys, marque indépendante à la croisée du Canada, de la France et de la Suisse, avec une montre habillée de 38 mm, en acier 904L, à l’épaisseur contenue d’environ 8,45 mm, animée par un Sellita SW300-1 avec 56 heures de réserve de marche.

Le cadran, en laiton peint, se distingue par un jeu de reliefs : chiffres apparemment en “lévitation” sur un anneau surélevé interne, avec ombres et superposition qui créent une vraie profondeur. Loan apprécie ce travail de design, les aiguilles cohérentes avec l’ensemble et une impression générale de rondeur, de douceur et d’harmonie.

En revanche, plusieurs tiquent sur deux points :

  • L’ouverture de cadran réduite par l’anneau périphérique, qui risque de donner l’impression d’un cadran trop petit visuellement sur 38 mm.

  • Le prix, autour de 2 500 USD pour seulement 75 pièces par couleur, qui place la montre face à une concurrence très dense, micro-marques comprises.

JC parle d’une montre “ni laide ni mauvaise”, bien dessinée, mais qui ne génère pas assez d’émotion pour justifier ce ticket d’entrée, surtout quand on connaît des propositions très fortes autour de 1 000 € chez d’autres indépendants. L’inscription “Fabriqué en Suisse” en bas de cadran agace aussi certains, jugée superflue sur une ouverture déjà petite et perçue comme un argument marketing un peu lourd.

Les influenceurs horlogers disent-ils trop de vérités ?

C’est le cœur du débat de l’épisode : « Les influenceurs qui disent tout sont-ils méchants ? » Une question lancée à Fabrice, connu pour ses prises de parole cash sur Instagram, et plus largement à toute la table.

Loan commence en rappelant que, comme dans le journalisme sportif, il y a de tout : ceux qui restent très factuels, ceux qui encensent tout, ceux qui détruisent… et que cette diversité fait aussi le sel du paysage. Lui-même dit avoir évolué : trop gentil au début, il insiste désormais pour donner au moins un axe d’amélioration sur chaque montre, sans agressivité mais sans lissage complet.

JC trace une frontière nette entre influenceurs et créateurs de contenu, et s’agace particulièrement des contenus payés ou orientés qui ne sont pas clairement annoncés comme collaborations commerciales. Pour lui, l’influence cachée et la “pub déguisée” posent un problème d’éthique, surtout quand on présente systématiquement la “meilleure montre jamais testée” semaine après semaine.

Fabrice, de son côté, tape là où ça fait mal : selon lui, journalistes et influenceurs jouent souvent le même jeu, copiés-collés de communiqués de presse à l’appui, voyages de presse sous les tropiques pour tester une plongeuse en prime, et une grande difficulté à critiquer ouvertement les grandes marques de peur de perdre l’accès aux événements, aux montres et aux petits fours. Les quelques voix dissonantes, plus critiques, se retrouvent vite blacklistées, là où la majorité aligne des discours très policés, surtout sur les prix.

Lui revendique une indépendance : montres payées de sa poche, ton libre, refus de lisser ses avis, tout en gardant une ligne claire – pas de manque de respect gratuit, mais une vraie liberté de parole sur les ratios taille/épaisseur, la pertinence d’une sortie ou l’absurdité de certains positionnements tarifaires.

Petites marques, gros efforts et grande invisibilité

Un autre point qui ressort, c’est le contraste entre les grandes maisons surmédiatisées et les micro-marques ou indépendants qui, pourtant, innovent souvent plus, mais peinent à exister faute de budget “champagne & petits fours”.

Fabrice regrette que beaucoup de journalistes se contentent de relayer les nouveautés des grands groupes, en ignorant un pan entier de la création contemporaine par manque de temps, d’intérêt ou de modèle économique adapté. Pour lui, un bon travail éditorial devrait justement couvrir un spectre large, parler aussi bien des PRX que des ateliers confidentiels, et oser dire quand un prix est délirant.

Autour de la table, plusieurs reconnaissent se sentir plus attirés par des marques qui offrent une vraie expérience humaine : accueil, échanges, transparence, proximité avec les créateurs. À l’inverse, un mauvais contact ou une attitude hautaine peut suffire à les détourner définitivement d’une marque, aussi désirable soit-elle sur le papier.

Addictions du moment : du micro-indé au cadran nacre

Comme souvent dans Flyback, la discussion se termine sur les “addictions” de la semaine, ces montres qui hantent les esprits des intervenants.

Fabrice parle de sa tentation croissante pour Sartory-Billard, mais avoue hésiter encore sur la version à choisir, tant le sur-mesure et la richesse de cadrans rendent la décision compliquée. Il évoque aussi les dernières Awake à cadran nacre, vues comme des pièces sexy, fraîches, et clairement dans sa ligne de mire pour Noël.

Les autres citent pêle-mêle des indépendants plus confidentiels, du vintage, ou encore des projets très colorés venus du Vietnam, preuve que, loin des sentiers battus, l’offre est foisonnante pour qui prend le temps de chercher.

Un podcast comme un bar à montres

Ce qui ressort de cet épisode, c’est moins la fiche technique de telle ou telle montre que l’ambiance : ça coupe la parole, ça trolle, ça digresse, ça joue avec des jeux de mots horlogers douteux, mais ça dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas dans le milieu.

Entre une PRX 38 jugée pratique mais trop chère, des indépendants comme Horizon ou Mier Parys discutés sans filtre, et un démontage en règle des hypocrisies autour des influenceurs, l’épisode démontre qu’on peut parler d’horlogerie sans sacraliser le sujet. Au final, Flyback fonctionne un peu comme un bar à montres virtuel : on vient y chercher des avis tranchés, des découvertes, des débats sur l’éthique… et on repart avec une ou deux nouvelles tentations de plus au poignet.

MoonWatch

Passionné par le monde horloger, je consacre mes journées à explorer l'univers des montres, des modèles classiques aux montres connectées. Mon objectif est de dévoiler les secrets de ces garde-temps et de partager avec vous mes découvertes tout en vous donnant un avis critique. Plus »

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