Flyback #76 : Guillaume Laidet lève le voile sur le renouveau horloger
Salut à tous les passionnés de belles mécaniques et bienvenue dans ce nouveau débriefing qui sent bon l’huile de coude et le succès entrepreneurial. Cette semaine, le podcast Flyback a frappé un très grand coup pour son 76e épisode en recevant une figure incontournable du paysage horloger contemporain : Guillaume Laidet. Si ce nom ne vous dit rien, c’est que vous vivez probablement dans une grotte sans quartz ni échappement, car l’homme est le moteur derrière la résurrection de pépites comme Nivada Grenchen et Vulcain, sans oublier l’OVNI Space One. Installé confortablement avec un café — après avoir failli rater le rendez-vous à cause d’un apéro prolongé en famille, preuve que le génie reste humain — Guillaume nous a plongés dans les coulisses d’une industrie en pleine mutation. Entre deux anecdotes sur ses débuts chez Zénith et ses coups de bluff sur LinkedIn, il nous livre une masterclass de stratégie moderne où la passion du vintage rencontre l’agilité digitale.
Sommaire
Vulcain et le réveil d’une icône présidentielle
Le plat de résistance de cet épisode était sans conteste la marque Vulcain, cette belle endormie que Guillaume opère avec une vision chirurgicale. Historiquement connue pour son modèle Cricket, la montre des présidents américains, la marque était au point mort après le COVID, ne produisant plus que quelques centaines de milliers de francs de chiffre d’affaires. Guillaume a dû jouer les détectives pour retrouver les étempes, convaincre des fournisseurs échaudés par d’anciennes ardoises et remotiver une équipe qui ne comptait plus qu’un seul horloger au départ. En injectant une stratégie de précommande agressive et en lançant des modèles plus accessibles comme la Skin Diver à 1500 euros, il a réussi à refaire tourner la boutique, grimpant rapidement à plusieurs millions d’euros. Le futur s’annonce vibrant avec un projet de nouveau mouvement Cricket où le marteau serait visible côté cadran, une première qui devrait ravir les puristes avant la fin de l’année.
Nivada Grenchen et le business du revival intelligent
Si Vulcain est la dame de fer, Nivada Grenchen est la machine de guerre de Guillaume, avec plus de 10 000 pièces écoulées l’année dernière et un réseau de 150 points de vente en pleine explosion. La force de Nivada réside dans sa capacité à dénicher des designs oubliés, comme la F77 — affectueusement surnommée la « Royal Oak du pauvre » — redécouverte presque par hasard sur Instagram. Le succès est tel que la marque s’apprête à célébrer ses 100 ans en 2026 non pas avec une énième réédition, mais avec un modèle totalement inédit conçu de toutes pièces avec le designer Eric Giroud. C’est un tournant stratégique majeur : après avoir prouvé sa maîtrise du passé, Guillaume veut maintenant imprimer sa propre marque dans le futur de l’horlogerie, tout en conservant cet ADN de luxe accessible qui a fait sa renommée, particulièrement aux États-Unis qui représentent plus de la moitié de son marché.
Le tabou de la manufacture chinoise enfin brisé
L’un des moments les plus marquants de la discussion a porté sur la provenance des composants, un sujet souvent traité avec hypocrisie dans le milieu. Guillaume Laidet, avec sa franchise habituelle, a rappelé que la Chine est devenue l’usine du monde pour le meilleur et non plus seulement pour le pire. Il décrit des usines à Shenzhen au « 22e siècle », ultra-propres et équipées de centaines de machines CNC de pointe, dépassant parfois les standards de certains ateliers suisses. Pour lui, l’important n’est plus le pays mais l’usine et le respect des conditions sociales et environnementales. S’il produit ses complications Space One en Suisse pour une question de précision micrométrique, il n’hésite pas à sourcer des boîtiers en Chine pour garantir un rapport qualité-prix imbattable. Cette approche pragmatique assume une réalité industrielle globale où la vitesse de développement chinoise permet de passer d’un dessin à un prototype en seulement trois mois.
Space One et l’aventure futuriste au sommet
Au-delà du vintage, Guillaume nous a transportés vers les étoiles avec Space One, un projet né d’une rencontre improbable avec l’horloger Théo Auffret lors d’une soirée chez Baltic. Ce qui devait être un simple « side project » s’est transformé en un succès colossal à 3 millions d’euros dès la première année, attirant des collectionneurs habitués aux pièces à plusieurs millions. La Jumping Hour de Space One est la preuve que l’horlogerie indépendante peut encore surprendre sans coûter le prix d’un appartement. Guillaume a d’ailleurs lâché un scoop qui va faire chauffer les forums : une collaboration entre Space One et Baltic est officiellement dans les tuyaux. C’est la force de cette nouvelle garde française, unie par une amitié réelle, qui préfère ouvrir des salons communs comme Chronopolis à Genève plutôt que de se faire la guerre.
Stratégie digitale et culte de l’influence moderne
Pour clore ce tour d’horizon, Guillaume est revenu sur ce qui fait le sel de sa réussite : une maîtrise parfaite des nouveaux codes de communication. Exit la presse écrite traditionnelle qui transforme peu, place aux micro-audiences engagées et aux mastodontes de YouTube comme Nico Leonard, dont une seule vidéo a fait exploser les ventes de Nivada au Royaume-Uni. Guillaume assume son côté « stalker » sur LinkedIn et ses débuts au culot pour forcer la porte de médias comme Hodinkee ou GQ. Cette agilité lui permet de transformer une intuition Instagram en un best-seller mondial. En fin de compte, l’horlogerie selon Laidet est un mélange de respect du patrimoine, de culot entrepreneurial et d’une sincérité désarmante qui place l’humain au centre de chaque mouvement.



