Flyback #75 : L’horlogerie française se réinvente avec Prysmatik
Salut les passionnés de belles mécaniques et les amateurs de style affirmé. Aujourd’hui on plonge dans les coulisses de l’épisode 75 du podcast Flyback où le plateau a accueilli un vent de fraîcheur et de technicité pure. Exit les sentiers battus de la montre ronde traditionnelle que l’on voit partout. On s’attaque ici à un projet qui bouscule les codes établis avec l’arrivée de la marque Prysmatik. Portée par le duo complémentaire formé par Anthony Barbé, expert en fabrication horlogère, et Léa Parassolie, jeune designer talentueuse sortie de l’école de Morteau, cette marque propose une vision architecturale de l’objet temps. On est loin de la production de masse et c’est précisément ce qui nous fait vibrer dans l’indépendantisme horloger actuel. Entre expertise technique et design déconstructiviste, Prysmatik s’annonce comme la pépite locale à suivre de très près.
Le projet puise ses racines dans une rencontre lors de la Saint-Éloi à Morteau. Anthony, dont la réputation est solide après avoir mis en place les lignes de fabrication des mouvements manufacture chez Yema, tombe en arrêt devant une montre école. C’est le travail de fin d’études de Léa qui capte son regard d’expert. Il y voit immédiatement un potentiel industriel et une identité visuelle forte. L’idée d’une collaboration naît de cette étincelle avec l’envie de transformer un concept académique brillant en une réalité commerciale tangible. Le résultat est une pièce qui ne ressemble à aucune autre, jouant sur des facettes complexes et une géométrie qui semble défier les lois de la symétrie classique pour offrir un véritable bijou de poignet.
Sommaire
Le déconstructivisme au service du design horloger
Léa Parassolie explique que son inspiration majeure provient de l’architecture déconstructiviste. Ce mouvement qui vise à briser la conformité et les standards géométriques se traduit ici par un boîtier aux angles multiples et aux facettes prononcées. On ne parle pas simplement d’un boîtier anguleux traditionnel mais d’une véritable recherche de volume où chaque plan de lumière est étudié. C’est une montre clivante, ce qui constitue sa plus grande force en proposant quelque chose de radicalement nouveau. Pour Léa, il s’agissait de sortir des formes conventionnelles pour explorer la capacité des machines à sculpter l’acier comme un diamant brut que l’on vient façonner.
La technicité de la boîte est le grand défi relevé par Anthony. Pour obtenir le rendu visuel souhaité par la designer, il a fallu concevoir pas moins de douze posages différents pour l’usinage et la terminaison. Chaque facette possède sa propre orientation de satinage, créant un jeu de reflets unique selon l’exposition à la lumière. C’est ce souci du détail qui fait passer l’objet du statut de montre à celui d’œuvre visuelle. Anthony souligne d’ailleurs que lors de ses propres tests au porté, la montre capte tellement les reflets qu’elle en devient presque un bijou pur. C’est une pièce qui vit et qui capte l’attention sans jamais passer inaperçue.
Un cœur vintage pour une carrosserie futuriste
Au-delà du design extérieur, le choix du mouvement est l’un des points les plus marquants de cette collaboration. Plutôt que de céder à la facilité d’un mouvement standardisé, Prysmatik a fait le pari du mouvement manuel français revitalisé. On retrouve à l’intérieur le calibre France Ébauches 233-69, un mouvement historique sourcé localement dans l’arc jurassien. Ce choix permet non seulement de garantir une finesse notable au boîtier, qui reste sous la barre des dix millimètres, mais aussi d’ancrer la marque dans une démarche d’histoire locale. Récupérer des mouvements produits historiquement pour les réviser et les intégrer dans une montre moderne est une démarche qui résonne avec les attentes actuelles.
Cette approche permet également d’assurer une certaine sérénité au niveau du service après-vente. Comme Anthony le précise, ce mouvement a été produit en millions d’exemplaires, ce qui rend les pièces détachées accessibles sur le marché. Pour ceux qui préfèrent la précision du quartz, la marque propose également une version équipée du calibre FE 721. Le choix industriel ici réside dans le fait que les deux versions utilisent le même boîtier externe. Seule la hauteur de la tige de remontoir change pour s’adapter à la différence d’épaisseur interne, ce qui permet de rationaliser la fabrication tout en offrant deux expériences de port différentes. C’est une stratégie réfléchie pour une jeune marque qui souhaite produire localement.
L’écosystème local et les défis de la jeune entreprise
Prysmatik ne se contente pas d’un design français, elle s’appuie sur un réseau de partenaires locaux pour maximiser son authenticité. Le verre est travaillé par l’atelier Miranda dans le Doubs, tandis que les bracelets sont réalisés par l’atelier Sis-Bra Bouvret à Besançon. C’est une véritable mise en avant du savoir-faire de l’arc jurassien. Même si la marque ne joue pas sur un marketing ostentatoire, son ADN est profondément ancré dans cette terre d’horlogerie. Anthony et Léa assument une vision artisanale de leur développement. Ils préfèrent laisser le produit parler pour lui-même, privilégiant le savoir-faire au budget publicitaire massif.
Le défi reste bien sûr celui de la visibilité dans un marché saturé. Si les premières précommandes sont lancées, l’étape suivante sera de se faire connaître au-delà du réseau immédiat. Le prix est jugé cohérent par les chroniqueurs compte tenu de la complexité de l’usinage et de la qualité des composants artisanaux. Il reste à Prysmatik à évoluer, notamment sur le packaging qui reste pour l’instant simple afin de concentrer les ressources sur la montre elle-même. Mais comme le souligne Sylvain, la montre possède une identité propre qui séduira ceux qui cherchent un design architectural.
Entre critiques et coups de cœur : l’avis des experts
L’épisode s’est terminé sur un débat autour de la perception de l’achat horloger. Faut-il acheter pour l’image ou pour le pur plaisir du design? Prysmatik se place dans la catégorie du coup de cœur technique. Jean-Charles a salué l’audace du boîtier et l’intelligence de la réutilisation des calibres anciens, malgré une réserve sur l’étanchéité limitée à trois atmosphères. C’est la contrainte technique d’un verre à la forme si particulière. Cette pièce est faite pour affirmer une personnalité singulière au poignet d’un passionné.
En conclusion, Prysmatik prouve que l’horlogerie française a encore de belles opportunités quand elle accepte de prendre des risques esthétiques. L’association entre l’expertise d’Anthony et la vision de Léa fonctionne. On attend de voir comment la marque va évoluer vers de nouveaux projets ou matériaux. Pour ceux qui veulent soutenir le savoir-faire local, cette aventure mérite toute votre attention. C’est le genre d’initiative qui anime la passion horlogère aujourd’hui.



