Flyback #57 : le pari du crowdfunding horloger
Le podcast Flyback continue de s’imposer comme un rendez-vous incontournable pour les passionnés d’horlogerie. Dans son épisode 57, les animateurs recevaient Alexandre Favre-Bulle, fondateur de la jeune marque Favre-Bulle, fraîchement auréolée de son succès sur Kickstarter. L’occasion de parler montres, tendances, coups de cœur et d’ouvrir un vrai débat sur le financement participatif en horlogerie. Retour complet sur un épisode riche en échanges.
Sommaire
Quand passion et quotidien se rencontrent
Comme toujours dans Flyback, la conversation démarre par le traditionnel “qu’est-ce que tu portes au poignet ?”. Un moment qui illustre bien la diversité des goûts et des approches dans l’horlogerie actuelle. Nico affiche une Tudor Black Bay 58, un classique moderne polyvalent, aussi à l’aise en costume qu’en mode casual. JC dévoile une Yema Yachtingraf Seconde/Seconde/, un modèle qui selon lui redonne du souffle à la marque française sur un segment accessible. Alexandre Favre-Bulle reste fidèle à sa propre création et arbore une Favre-Bulle Ice Blue, reflet de son projet et de son aventure entrepreneuriale.
Cet échange introductif illustre une idée forte : dans la communauté horlogère, chaque montre raconte une histoire personnelle. Entre les pièces établies, les collaborations originales et les créations de micro-marques, l’épisode place immédiatement le ton : la passion prime.
Vulcain Ice Blue : fraîcheur estivale et débat technique
Première montre disséquée dans l’émission : la Vulcain Chronographe Ice Blue. Avec son boîtier acier de 39,7 mm, son épaisseur de 13 mm et son cadran en nuances bleu glacier et blanc, elle attire les regards. À l’intérieur, on retrouve un mouvement Valjoux 7753, robuste mais sans complication d’alarme, contrairement à ce que certains avaient cru en lisant certaines fiches descriptives.
Esthétiquement, la montre séduit par son équilibre de couleurs et son esprit estival. En revanche, plusieurs critiques émergent : un bracelet acier jugé trop massif, une étanchéité limitée à 50 mètres qui ne colle pas au nom de “Skin Diver”, et une masse oscillante trop basique pour une pièce affichée autour de 3 000 €.
Malgré ces réserves, la Vulcain Ice Blue conserve un charme certain. Elle évoque les vacances, les voiliers et l’apéritif en bord de mer, même si certains regrettent que sa sortie intervienne en fin de saison estivale. Une belle montre, mais pas sans contradictions.
Bremont Meteor : l’aviation dans l’ADN
Direction ensuite l’Angleterre avec Bremont, marque spécialisée dans l’univers aéronautique. La maison s’est associée à Martin-Baker, fabricant de sièges éjectables, pour créer un modèle en titane “gris furtif” de 42 mm. Le cadran météorite, ponctué d’une trotteuse jaune rappelant le cordon de sécurité des sièges éjectables, apporte une dimension visuelle forte.
Techniquement, la montre embarque le calibre maison BB14, offrant 72 heures de réserve de marche. Produite à seulement 400 exemplaires, elle se positionne à 6 900 €.
L’avis des intervenants est partagé. Certains louent le travail sur la carrure, les détails militaires et l’originalité du cadran. D’autres dénoncent un tarif jugé trop élevé, difficile à justifier pour une marque qui peine encore à s’imposer face aux géants suisses. La Bremont Meteor séduit par son design, mais son prix interroge.
Ulysse Nardin Freak X Crystalium : la haute horlogerie débridée
La troisième grande pièce analysée est une véritable dinguerie horlogère : l’Ulysse Nardin Freak X Crystalium. Présentée en édition ultra-limitée de 50 exemplaires, affichée à plus de 42 000 €, cette montre incarne le savoir-faire technique et créatif de la maison.
Avec son boîtier en titane noir DLC de 43 mm et son cadran en cristalium or rose, elle frappe immédiatement par son esthétique futuriste. Le mouvement, visible côté cadran, assure 72 heures de réserve de marche et affiche l’heure grâce à un système d’éléments rotatifs qui rappellent presque une mécanique steampunk.
Les réactions sont unanimes : une pièce spectaculaire, innovante, parfaitement équilibrée entre luxe discret et ostentation maîtrisée. Alexandre Favre-Bulle, qui a eu la chance de l’essayer lors des Geneva Watch Days, confirme que malgré son diamètre, elle reste portable et cohérente. Une montre de rêve pour collectionneurs avertis.
Crowdfunding horloger : bénédiction ou piège ?
Le thème central de l’épisode est directement lié à l’expérience d’Alexandre Favre-Bulle : le rôle du financement participatif dans l’horlogerie moderne. Sa marque, Favre-Bulle, avait fixé un objectif de 50 000 CHF sur Kickstarter et a dépassé la barre avec 53 000 CHF collectés. Un succès qui l’a propulsé dans la lumière.
Le débat est riche. Pour Alexandre, Kickstarter fut une opportunité de visibilité et de financement, même s’il reconnaît les limites de la plateforme, souvent associée à des produits d’entrée de gamme. Lancer une montre à plus de 2 000 € sur Kickstarter reste un défi, car la clientèle y recherche plutôt des pièces abordables.
Les autres intervenants soulignent les avantages : créer une communauté, transformer les premiers acheteurs en ambassadeurs, tester le marché avant de lancer une production. Mais ils insistent aussi sur les risques : délais non tenus, projets qui disparaissent après une campagne, ou encore assimilation à des produits bas de gamme qui peuvent entacher l’image d’une marque sérieuse.
Le constat est nuancé : le crowdfunding a permis à des marques comme Baltic, Yema ou même Akrone de se relancer ou de se faire connaître, mais il n’est plus la voie royale qu’il était il y a dix ans. Aujourd’hui, il semble plus pertinent pour des projets originaux à prix contenu que pour des modèles premium.
Favre-Bulle : la relève suisse en devenir
Au cœur de cette discussion, la marque Favre-Bulle incarne bien les paradoxes du crowdfunding. Créée par Alexandre, elle propose des montres soignées, à l’esthétique contemporaine, avec un vrai souci de cohérence dans les finitions. La campagne Kickstarter a permis de valider l’intérêt du public et de lancer la production, mais l’enjeu est désormais de s’installer dans la durée, au-delà du coup d’éclat initial.
Alexandre insiste sur un point : la clé du succès réside dans la relation directe avec les passionnés, que ce soit via Kickstarter ou par d’autres canaux. Échanger, expliquer la démarche, rassurer : autant de leviers pour transformer un financement participatif en tremplin durable.
Cet épisode 57 de Flyback illustre parfaitement les multiples facettes de l’horlogerie actuelle. D’un côté, les grandes maisons comme Vulcain, Bremont ou Ulysse Nardin, qui jouent sur des registres différents — revival vintage, aviation, haute horlogerie futuriste. De l’autre, les micro-marques comme Favre-Bulle, qui s’appuient sur l’énergie du crowdfunding pour exister et séduire une communauté exigeante.
Au final, la question posée reste ouverte : le financement participatif est-il une bénédiction ou un piège pour l’horlogerie ? Probablement un peu des deux. Mais une chose est sûre : il a déjà écrit de belles pages pour de jeunes marques et continue de nourrir les débats entre passionnés.



