Flyback #24 : L’horlogerie écoresponsable, une révolution silencieuse en marche
L’épisode #24 du podcast Flyback, en collaboration avec Pulso_Graphe, propose un échange passionnant autour de l’avenir de l’horlogerie durable avec Cédric Bellon, fondateur de CB Watches. Cet échange met en lumière les nouveaux enjeux du secteur, les matériaux innovants, et les choix éthiques qui redéfinissent l’identité de la montre contemporaine.
Sommaire
L’éco-conception au cœur du processus créatif
Dès les premières minutes, Cédric Bellon partage sa démarche écoresponsable dans la conception de la CB01 en titane. Il explique l’utilisation d’un stock de mouvements anciens reconditionnés, soulignant l’importance de la réutilisation et du recyclage dans la production horlogère. Ce choix n’est pas anodin : il permet de réduire l’empreinte carbone tout en préservant une qualité mécanique historique.
Le titane est ici présenté non seulement pour sa légèreté et son confort thermique, mais aussi comme une alternative durable à l’acier, plus énergivore à produire. L’expérience utilisateur est valorisée, dans un esprit de sobriété fonctionnelle qui tranche avec les codes traditionnels du luxe.
Les micro-marques et la disruption créative
Au fil de la discussion, plusieurs micro-marques sont évoquées, dont Studio Underd0g et Decima, qui incarnent une nouvelle génération d’entrepreneurs horlogers. Ces acteurs jouent la carte de l’originalité avec des concepts souvent humoristiques, des designs inspirés du néo-vintage, et une commercialisation directe via Kickstarter ou des ventes flash.
La stratégie de Studio Underd0g, par exemple, repose sur un design audacieux et une gestion intelligente des couleurs. Malgré une critique récurrente sur la multiplication des éditions limitées, leur approche ludique et décomplexée séduit un public en quête d’originalité et d’exclusivité. Le modèle « Rotten Egg » incarne ce second degré qui transforme un simple accessoire en vecteur narratif.
Quand design, fonctionnalité et éthique convergent
L’échange entre les intervenants met aussi en relief la difficulté de créer un design horloger innovant sans renier les contraintes techniques. Cédric Bellon insiste sur la nécessité d’un dialogue constant entre esthétique et ingénierie, entre créativité et faisabilité industrielle. Il raconte comment certains projets nés d’une approche naïve, déconnectée des réalités mécaniques, se sont soldés par des échecs commerciaux ou techniques.
La montre est dépeinte comme un objet total : fonctionnel, porteur d’identité, mais aussi émotionnel. L’impact écologique des matériaux (titane, céramique, polymères), la durabilité des traitements de surface, la facilité de réparation et la maîtrise de la logistique sont autant de critères qui prennent aujourd’hui le pas sur la seule esthétique.
Le bracelet, un élément clé trop souvent négligé
Le débat accorde une place significative à un sujet souvent mépréisé : le bracelet. Cédric Bellon souligne la complexité de créer un bracelet confortable, résistant, et cohérent esthétiquement. Qu’il soit en cuir, caoutchouc ou métal, le bracelet est déterminant dans l’expérience globale de la montre. Les détails de conception tels que la boucle déployante, la forme des cornes ou la nature des entrecornes sont des points cruciaux souvent relégués au second plan.
Une évolution dictée par les utilisateurs
Les intervenants constatent un déplacement du pouvoir créatif vers les utilisateurs. Les micro-marques à succès se nourrissent des retours de leur communauté, adoptent un ton décontracté, et proposent une alternative aux codes rigides de la grande horlogerie suisse. Le financement participatif a joué un rôle déterminant dans cette évolution, tout comme l’accès à des fournisseurs asiatiques ou européens proposant des composants sur catalogue.
Mais cette démocratisation pose aussi la question de la fiabilité à long terme : matériaux composites mal connus, SAV approximatif, usure des revêtements. Une montre écoresponsable ne peut faire l’impasse sur ces aspects si elle entend durer.
L’impact des nouveaux matériaux sur le design
Enfin, l’épisode s’achève sur une réflexion passionnante autour de l’influence des matériaux sur le design. Le titane, la céramique, les polymères recyclés ou biosourcés redéfinissent non seulement l’esthétique des montres, mais aussi leur perception symbolique. Les montres ne sont plus de simples objets de statut : elles deviennent les reflets d’un choix de vie, d’une éthique, voire d’une idéologie.
La montée en puissance de l’ultra-black, du minimalisme total, ou des cadrans sans logo témoigne de cette volonté de rupture avec les codes visuels du passé. Le design horloger, dans son versant écoresponsable, devient un langage à part entière, un champ d’expression où l’essentiel prime sur l’ornement.



